Les
massacres furent aussitôt condamnés par les autorités chinoises.
Mais on sent dans leurs réactions des réticences que l'on comprend :
le Céleste Empire n'a-t-il pas le sentiment d'être
occupé par des
puissances étrangères et d'avoir été victime d'exactions comme celles
du Palais d'Eté 10 ans plus tôt ?
"Dès
le 25 juin paraissait un édit de l'Empereur, flêtrissant l'acte odieux,
et qui chargeait le Vice-Roi et le commissaire impérial de procéder à
une enquête. On se garda bien toutefois de faire arrêter les coupables
; aussi quinze jours durant, purent-ils marcher le front haut et se
vanter de leurs honteux
exploits que, sans vergogne aucune, ils
faisaient peindre sur des éventails".
D'autres témoignages parlent de ces éventails : "Seuls de tous les Français de Tien-Tsin, le négociant A. Coutris, et MM. Lefebvre et Imbert, des Douanes, et les deux frères Borel, associés de
M. Sandri (alors dans le Chan toung), échappèrent au massacre. L'agitation fut d'ailleurs soigneusement entretenue par de fausses nouvelles,
la mise en vente d'éventails représentant l'incendie de la cathédrale et les massacres, etc."
(Henri Cordier, Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales, F. Alcan, Paris, 1901, p 367)
Notre
éventail est donc bien un acte de propagande politique qui, sous
couvert de diffuser une information, visait très certainement à
entretenir un esprit de résistance envers les "diables" occidentaux, en
mélangeant nettement -comme l'avaient fait les émeutiers- les
représentants des Etats et les religieux. Le fait que l'éventail
représente l'assassinat du Consul de France juste devant la porte de
l'Eglise, clairement désignée par les seuls caractères chinois figurant
sur l'éventail nous semble donc bien faire partie d'un "plan marketing"
bien concerté.
Cet
événement dramatique, resté longtemps bien connu dans l'Eglise
Catholique a cependant disparu de la mémoire de beaucoup de Français en
raison de sa survenue au moment du déclenchement de la guerre de 1870
avec l'Allemagne : c'est ainsi que les diplomates chinois vinrent faire
amende honorable auprès de Thiers, chef d'un Etat qui n'était
pas
encore la IIIème République, après le décès du Consul représentant
l'Empereur Napoléon III, exilé.
Pourtant, alors qu'un "Musée des Affaires Etrangères" existait, un
éventail identique à celui-ci y figurait, nous indique le journal La Lanterne
du 31 janvier 1909 ; "un éventail chinois représentant l'assassinat,
en 1870, de M. Fontanier, consul de France à Tien-Tsin, et du
chancelier du consulat". Les plus nombreux (et plus atroces) décès des religieuses
et des prêtres, tout comme l'origine de ce carnage sont ignorés, sans
doute au nom de la laïcité déjà à la mode à l'époque. Ce musée semble
n'avoir eu qu'une existence éphémère. Quant à cet éventail, nous
ignorons où il peut être !
Après ces événements dramatiques, la ville de Tien-Tsin connut d'autres Consuls de France : le plus célèbre est le
diplomate, poète et homme de lettres chrétien Paul
Claudel,
qui dut souvent penser aux Martyrs de Tien-Tsin en écrivant
ses
"Cent phrases pour éventails". L'une d'elles nous servira de conclusion
!